En 2025, la France a connu son pire bilan en la matière depuis plusieurs décennies : environ 190 constructions ont été sévèrement endommagées ou détruites par des incendies de forêt et de végétation, pour près de 30 000 hectares brûlés — soit deux fois la moyenne des années précédentes. Un chiffre qui doit interpeller tous les propriétaires, même loin des massifs méditerranéens habituellement associés à ce risque.

Car la question n'est plus seulement celle de la forêt voisine. Elle concerne le jardin, les haies, les matériaux stockés contre la façade, les gouttières, et une série d'habitudes du quotidien qui, cumulées, transforment une maison en cible ou, au contraire, en abri.

Un risque qui progresse, une cause largement humaine

En France, 9 feux de forêt sur 10 sont d'origine humaine : mégot mal éteint, étincelle de travaux, barbecue mal maîtrisé. Avec la sécheresse de la végétation et la multiplication des vagues de chaleur, la moindre braise peut suffire à déclencher un départ de feu qui, en moins de dix minutes, peut parcourir un kilomètre.

Autre évolution notable : la carte du risque s'élargit. La liste des départements soumis à l'obligation légale de débroussaillement est passée de 43 à 48 en 2025, portant à près de 7 400 le nombre de communes concernées. Le changement climatique étend progressivement les zones à risque au-delà du pourtour méditerranéen traditionnel.

Le débroussaillement, protection numéro un

Le constat le plus frappant issu des retours d'expérience après incendie est sans appel : 90 % des maisons détruites lors de feux de forêt se situaient sur des terrains non débroussaillés ou mal entretenus.

Le débroussaillement consiste à réduire la végétation combustible autour du bâti pour ralentir ou empêcher la propagation du feu. Il constitue une véritable ceinture de sécurité — pour la maison, mais aussi pour faciliter l'intervention des secours.

Ce qu'il faut savoir :

  • Obligation légale : dans les zones concernées (bois, forêts, landes, maquis, garrigues à risque, et jusqu'à 200 mètres autour), les propriétaires doivent débroussailler sur une profondeur de 50 mètres autour des constructions — portée à 100 mètres dans certains cas, sur décision du maire ou du préfet.
  • Qui est responsable : le propriétaire de la construction, même si la zone à débroussailler déborde sur une parcelle voisine.
  • Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025 : l'information sur cette obligation doit figurer dès l'annonce immobilière, en cas de vente ou de location d'un bien situé en zone concernée.
  • Sanctions en cas de non-respect : amende pouvant atteindre 50 € par m² non débroussaillé, mise en demeure avec astreinte, voire réalisation d'office des travaux par la commune aux frais du propriétaire.
  • Comment vérifier si son terrain est concerné : le site jedebroussaille.gouv.fr et le zonage informatif disponible sur Géorisques.

Bon à savoir : l'automne et l'hiver sont les périodes les plus favorables pour réaliser les travaux les plus lourds (coupe d'arbres, broyage), la végétation étant moins dense et l'intervention plus sûre.

Schéma du périmètre de débroussaillement obligatoire de 50 mètres autour d'une habitation
Le débroussaillement sur 50 mètres autour de la construction est la mesure de prévention la plus efficace contre la propagation du feu.

Les protections complémentaires autour de la maison

Au-delà du débroussaillement à proprement parler, plusieurs mesures réduisent la vulnérabilité du bâti lui-même :

  • Nettoyer régulièrement la toiture et les gouttières, où s'accumulent feuilles mortes et débris facilement inflammables.
  • Éviter tout stockage de bois, cartons ou matériaux plastiques contre les façades.
  • Limiter les matériaux inflammables à proximité immédiate : clôtures et gouttières en PVC, mobilier de jardin en plastique.
  • Vérifier le bon fonctionnement de la fermeture des portes, fenêtres et volets.
  • S'assurer qu'aucune bouteille de gaz ou liquide inflammable ne reste exposée près du bâtiment.
  • Garder les accès à la parcelle dégagés et praticables pour les véhicules de secours.
  • Prévoir un moyen d'arrosage fonctionnel et accessible.

Faut-il s'équiper d'un tuyau d'arrosage ?

C'est l'une des questions les plus fréquentes des propriétaires en zone exposée — et une idée reçue mérite d'être corrigée au passage. Pour y voir clair, mieux vaut distinguer ce qui relève de la doctrine officielle de ce qui relève de recommandations complémentaires, plus avancées.

Ce que dit la doctrine officielle (ministère de l'Intérieur, Géorisques)

  • Garder un tuyau d'arrosage accessible fait partie des gestes recommandés : il sert à arroser volets, portes et fenêtres avant l'arrivée du feu, si cela peut être fait sans s'exposer, puis à noyer les foyers résiduels après le passage du front de flammes.
  • En revanche, l'arrosage préventif de la végétation (pelouse, haies, buissons) n'a pas d'impact démontré sur sa résistance au feu — c'est un réflexe répandu mais inefficace, qui vide en plus les réserves d'eau au moment où elles seront le plus utiles.
  • Un tuyau d'arrosage ou une motopompe domestique ne permet en aucun cas de « combattre » un feu de forêt actif : face à un front de flammes, ce sont des moyens dérisoires. La consigne reste sans ambiguïté : s'abriter dans un bâtiment en dur, jamais tenter d'affronter le feu à l'extérieur.

Ce qui relève de démarches complémentaires (non officielles)

Certains propriétaires en zone très exposée vont plus loin avec des équipements de protection active : motopompe thermique reliée à une piscine ou une cuve, système d'aspersion de toiture, réserve d'eau dédiée. Ces solutions existent et peuvent avoir un intérêt réel (arrosage préventif des façades avant l'arrivée du feu, extinction de départs de feu limités, surveillance des reprises après le passage), mais elles relèvent d'une démarche personnelle et ne sont pas des préconisations des pouvoirs publics ou des assureurs. Elles ne dispensent jamais du débroussaillement, qui reste la mesure de prévention numéro un, ni du respect des consignes d'évacuation.

Se préparer avant la saison à risque

La prévention repose largement sur l'anticipation, bien avant que le danger ne soit là :

  • Se renseigner en mairie sur l'existence d'un plan de prévention des risques d'incendie de forêt (PPRIF) applicable à son terrain.
  • Débroussailler avant l'été, quand la végétation est encore praticable et le risque d'incendie plus faible.
  • Organiser barbecues et travaux générant des étincelles loin de l'herbe sèche et de la végétation.
  • Jeter les mégots dans un cendrier — jamais au sol ni par une fenêtre de véhicule.
  • Consulter la météo des forêts (Météo-France), qui indique chaque jour de juin à septembre le niveau de danger par département.
  • Préparer un kit d'urgence : vêtements de protection (gants de cuir, chaussures montantes, lunettes enveloppantes), lampe, radio, eau.

Le jour où un feu se déclare à proximité

Pictogrammes des bons réflexes en cas de feu de forêt : alerter, s'abriter, ne pas prendre sa voiture
Les quatre réflexes essentiels le jour J : alerter, s'abriter, ne pas fuir en voiture, se protéger des fumées.

Quand un feu de forêt ou de végétation approche, le temps de réaction est très court. La doctrine officielle tient en quelques principes simples, à connaître avant d'en avoir besoin :

Donner l'alerte et réagir vite

  • Appeler le 112, le 18, ou le 114 pour les personnes malentendantes.
  • Rentrer le mobilier de jardin et le tuyau d'arrosage.
  • Éloigner les combustibles, en particulier les bouteilles de gaz.

S'abriter plutôt que fuir

  • L'habitation reste la meilleure protection : n'évacuez que sur ordre explicite des autorités.
  • Ne partez pas à la dernière minute et ne tentez pas de fuir en voiture dans la confusion — c'est l'un des réflexes les plus dangereux en cas de front de flammes rapide.
  • Abritez-vous dans un bâtiment en dur, fermez et arrosez volets, portes et fenêtres si cela peut être fait sans vous exposer.
  • Occultez les aérations et bas de porte avec des linges mouillés.
  • Couvrez-vous le nez et la bouche avec un linge humide.
  • Laissez le portail ouvert pour faciliter l'accès des secours.
  • Évitez de téléphoner, afin de laisser les réseaux disponibles pour les services de secours.

Si vous êtes surpris en voiture

  • Ne sortez pas du véhicule pendant le passage du front de flammes.
  • Garez-vous dans une zone dégagée si cela reste possible sans danger immédiat.

Après le passage du feu

Le danger ne disparaît pas avec le front de flammes :

  • Ne rentrez pas dans une zone encore exposée sans consigne claire des autorités.
  • Sortez protégé : chaussures et gants en cuir, vêtements en coton.
  • Éteignez les foyers résiduels en les arrosant abondamment.
  • Inspectez votre habitation à la recherche de braises qui auraient pu s'introduire sous les tuiles ou par des orifices d'aération.
  • Signalez tout foyer persistant.
  • Prenez des nouvelles de vos voisins.

Un risque parmi d'autres à anticiper

Le feu de forêt n'est qu'une des sept menaces climatiques qui pèsent sur un logement en France — inondation, sécheresse et retrait-gonflement des argiles, tempête, grêle, séisme, mouvement de terrain s'y ajoutent selon les territoires. Comprendre l'exposition complète de sa maison, et pas seulement le risque le plus visible localement, permet d'agir de façon cohérente plutôt que dans l'urgence.

Sources

Sources officielles

  • Ministère de l'Intérieur, communiqué de presse, Prévention des feux de forêt et de végétation : le Gouvernement lance la campagne 2026 pour encourager le débroussaillement, janvier 2026.
  • Ministère de la Transition écologique, fiche presse OLD 2026, janvier 2026.
  • Géorisques (gouvernement français), Obligations légales de débroussaillement et Que faire en cas de feu de forêt ?
  • Office National des Forêts (ONF), Foire aux questions — obligations légales de débroussaillement.
  • Service-public.fr, Débroussaillement de terrain : information des acquéreurs et locataires.
  • Gouvernement français, Bons réflexes — Feu de forêt (georisques.gouv.fr / feux-foret.gouv.fr).
  • info.gouv.fr, Comment prévenir les feux de forêt ?
  • Ministère de l'Intérieur, Lutte contre les feux de forêt : conseils de prévention et La stratégie de lutte contre les feux de forêt en France.
  • Centre de ressources pour l'adaptation au changement climatique (adaptation-changement-climatique.gouv.fr), Feux de forêt, les prévenir et s'en protéger.
  • Mission Risques Naturels (MRN), bilan annuel des événements Cat-Nat et climatiques.

Sources assurantielles / recommandées (à usage complémentaire, non réglementaire)

  • Assurance Prévention (rédigé en partenariat avec la MRN), Feux de forêt et de végétation : les prévenir et s'en protéger.
  • Un assureur national, conseils de protection du bâti face aux feux de forêt (matériaux de toiture et de façade) — cité comme point de vue assurantiel complémentaire, non prescriptif.

Note éditoriale : l'ADEME ne publie pas de contenu dédié à la protection anti-incendie des logements (hors périmètre de son expertise, centrée sur l'énergie et l'atténuation climatique). La ressource gouvernementale équivalente pour ce risque est le Centre de ressources pour l'adaptation au changement climatique, cité ci-dessus.